Le marché français de l'électroinstallation traverse une phase de transformation profonde. Entre obligations photovoltaïques renforcées, déploiement de l'infrastructure de recharge pour véhicules électriques et exigences croissantes en matière d'efficacité énergétique, les professionnels du secteur doivent adapter leurs compétences et leur offre à un rythme soutenu.

Cadre réglementaire : la RE2020 impose sa logique

La réglementation environnementale 2020, pleinement en vigueur depuis janvier 2022, continue de structurer le marché en 2026. Les nouveaux bâtiments résidentiels et tertiaires doivent respecter des seuils d'émissions de carbone et de consommation d'énergie drastiquement réduits. Concrètement, cela se traduit pour les installateurs par une demande accrue en solutions de production d'énergie renouvelable décentralisée, en particulier les installations photovoltaïques intégrées dès la conception.

Le dispositif MaPrimeRénov' 2026 amplifie cette tendance dans le secteur de la rénovation. Les aides bonifiées pour l'installation de panneaux solaires en autoconsommation, couplés à un système de stockage, stimulent la demande chez les particuliers. Les artisans doivent maîtriser non seulement le dimensionnement et la pose, mais aussi l'intégration d'un système de gestion de l'énergie capable de piloter les flux entre production, stockage et consommation.

Infrastructures de recharge : un marché en accélération

Le secteur de l'électromobilité reste l'un des principaux moteurs de croissance pour les entreprises d'installation électrique. Les objectifs nationaux visent 100 000 bornes publiques installées d'ici fin 2026. Pour les installateurs, le défi dépasse la simple pose : il faut intégrer des solutions de gestion de charge dynamique, anticiper les évolutions réglementaires sur l'interopérabilité et maîtriser les mécanismes de financement via le dispositif CEE 2026 dédié aux bornes IRVE.

Le marché résidentiel n'est pas en reste. La généralisation du pré-équipement des parkings dans les immeubles neufs et les copropriétés impose une montée en compétence rapide. Les installateurs doivent désormais jongler avec le droit à la prise, les questions de dimensionnement du raccordement collectif et l'équilibrage de charge dans les tableaux électriques tertiaires.

Smart Building et KNX : vers une standardisation française

Si le protocole KNX reste dominant dans le tertiaire haut de gamme, le marché français connaît une diversification des solutions de communication. Les systèmes propriétaires cèdent progressivement du terrain face à des écosystèmes ouverts compatibles avec la directive européenne sur l'interopérabilité des bâtiments intelligents. Schneider Electric France et Legrand consolident leur position en proposant des gammes modulaires couvrant habitat individuel, collectif et tertiaire.

Pour les installateurs, l'enjeu n'est plus seulement électrique : il faut comprendre les architectures IP, configurer des passerelles de communication et assurer la maintenance logicielle à distance. Le marché de la rénovation énergétique valorise de plus en plus les solutions retrofit sans travaux lourds, privilégiant la radio et le CPL (courant porteur en ligne).

Normalisation : mise à jour de la NF C 15-100

La norme NF C 15-100, référence incontournable pour les installations électriques basse tension en France, a connu plusieurs amendements en 2025 intégrant de nouvelles exigences pour les protections différentielles dans les circuits dédiés aux bornes de recharge. Les installateurs doivent désormais prévoir systématiquement un dispositif de protection contre les surintensités et les courants de défaut de type B ou F selon la puissance de la borne.

Par ailleurs, les règles de liaison équipotentielle ont été précisées pour les installations photovoltaïques en toiture. L'objectif : limiter les risques d'incendie et garantir la sécurité des intervenants lors de la maintenance. Ces évolutions imposent une veille réglementaire continue, un défi pour les PME du secteur qui ne disposent pas toujours de ressources dédiées.

Professionnalisation et formation : cap sur la polyvalence

Face à la complexité croissante des installations, les parcours de formation évoluent. Les organismes de formation intègrent désormais des modules dédiés au couplage PV-stockage-IRVE, à la gestion d'énergie embarquée et aux protocoles de communication domotiques. La filière photovoltaïque réclame une montée en qualification rapide, notamment pour les installations en autoconsommation collective qui nécessitent une compréhension fine des aspects juridiques et techniques.

Certains acteurs, à l'image de Hager Group (https://hager.com), multiplient les sessions de formation continue pour accompagner leurs partenaires installateurs. L'objectif : garantir la qualité d'exécution et limiter les sinistres liés à une méconnaissance des nouvelles contraintes réglementaires.

Perspectives : un marché porteur mais exigeant

Le secteur de l'électroinstallation en France bénéficie d'une dynamique favorable, portée par la transition énergétique et la numérisation des bâtiments. Toutefois, la rentabilité des entreprises dépend de leur capacité à intégrer rapidement de nouvelles compétences et à diversifier leur offre. Les installateurs qui sauront conjuguer compétences électriques traditionnelles, maîtrise des énergies renouvelables et intégration numérique disposeront d'un avantage compétitif déterminant dans les années à venir.

La question du recrutement et de la fidélisation des compétences reste cependant un frein majeur. Les entreprises artisanales peinent à attirer de jeunes profils, alors même que les volumes d'affaires progressent. Ce décalage pourrait ralentir le déploiement des infrastructures énergétiques dans les mois à venir, malgré des carnets de commandes bien remplis.