Face à la pression croissante des fabricants chinois qui inondent le marché avec des modules PERC et TOPCon à bas prix, REC Group mise sur la technologie à hétérojonction (HJT) pour se différencier. Le fabricant norvégien présente l'HJT comme la prochaine génération de panneaux photovoltaïques, avec des arguments d'efficacité et de performance supérieurs aux technologies conventionnelles. Mais cette stratégie suffit-elle à justifier un écart de prix dans un marché commoditisé où les écarts se comptent en centimes par watt ?

Efficacité et rendement : où se situe réellement l'HJT

La technologie à hétérojonction combine une cellule cristalline avec des couches de silicium amorphe. Cette architecture permet d'atteindre des rendements théoriques plus élevés que les cellules PERC (Passivated Emitter and Rear Cell) qui dominent encore aujourd'hui environ 60 % de la production mondiale. Les modules TOPCon (Tunnel Oxide Passivated Contact), qui gagnent rapidement des parts de marché depuis 2024, constituent un concurrent direct avec des rendements comparables à un coût de production inférieur.

Les modules HJT de REC affichent des rendements de 21 à 22 % en conditions standard, selon les données constructeur. Les modules TOPCon chinois atteignent aujourd'hui régulièrement 21,5 à 22,3 %, tandis que les cellules PERC plafonnent généralement entre 20 et 21 %. L'écart de performance brut reste donc limité. L'argument de REC porte davantage sur le coefficient de température : l'HJT perd moins de rendement en cas de chaleur, un atout pour les installations en climat chaud ou en toiture mal ventilée.

Complexité de fabrication et compétitivité-prix

Le défi majeur de l'HJT réside dans sa complexité de fabrication. La technologie exige un dépôt de couches minces à basse température, des équipements spécifiques et des taux de rendement de production (yield) encore inférieurs à ceux des lignes PERC ou TOPCon matures. Cette complexité se traduit par un coût par watt crête supérieur, estimé entre 5 et 10 centimes d'euro de plus que les modules TOPCon équivalents en 2026.

Les fabricants chinois comme Huasun et Hevel Solar investissent massivement dans l'HJT, avec des capacités de production annoncées de plusieurs gigawatts. Panasonic, pionnier historique de la technologie, maintient une offre premium mais peine à monter en volume face aux acteurs asiatiques. REC Group, qui produit en partie en Asie du Sud-Est, doit donc démontrer que son positionnement haut de gamme trouve un marché suffisant en Europe et en Amérique du Nord, où la sensibilité au prix reste forte malgré les préoccupations sur la dépendance aux importations chinoises.

Adoption sur le terrain : quels projets et quelles performances

L'adoption réelle de l'HJT dans les projets commerciaux et résidentiels demeure limitée. Les installateurs privilégient encore massivement les modules PERC pour leur rapport qualité-prix éprouvé, et de plus en plus les modules TOPCon qui offrent un compromis entre performance et coût. Les projets de grande envergure qui intègrent des modules HJT restent des exceptions, souvent liées à des contraintes de surface ou à des exigences de performance spécifiques.

Les données de performance réelle en exploitation sont encore peu nombreuses pour l'HJT, contrairement aux technologies matures dont les courbes de dégradation sur 10 à 20 ans sont bien documentées. Pour les bureaux d'études et les installateurs, ce manque de recul constitue un frein : les simulations de rentabilité reposent sur des hypothèses constructeur, sans validation indépendante à long terme. Cette prudence est d'autant plus justifiée que la baisse rapide des prix TOPCon réduit mécaniquement l'écart de temps de retour sur investissement avec l'HJT.

Stratégie REC : différenciation ou niche

En misant sur l'HJT, REC Group cherche à sortir de la guerre des prix qui fragilise les fabricants européens et américains. La stratégie repose sur un positionnement premium, ciblant des clients sensibles à la qualité, à la traçabilité et aux performances en conditions réelles plutôt qu'au seul prix d'achat. Ce modèle fonctionne dans des segments où les critères d'achat intègrent la durabilité, l'empreinte carbone ou les exigences de certification — typiquement les bâtiments tertiaires haut de gamme ou les installations résidentielles dans des zones à fort pouvoir d'achat.

Le risque pour REC est de se retrouver cantonné à une niche de marché, alors que la massification de l'HJT par les acteurs chinois pourrait faire chuter les prix d'ici 2028. Si Huasun ou d'autres réussissent à industrialiser l'HJT au même coût que le TOPCon, l'avantage concurrentiel de REC s'évapore. À l'inverse, si les barrières douanières ou les mécanismes de soutien aux productions locales se renforcent en Europe, la stratégie HJT pourrait s'avérer payante en offrant un produit différencié compatible avec les critères d'origine.

Perspectives marché : HJT entre promesse et incertitude

Les prévisions de parts de marché pour l'HJT varient fortement selon les analystes. Certains anticipent une montée à 10-15 % de la production mondiale d'ici 2030, portée par les investissements chinois et l'amélioration des rendements de fabrication. D'autres estiment que le TOPCon continuera de dominer grâce à sa compatibilité avec les lignes de production existantes et à son coût maîtrisé. L'HJT pourrait alors rester une technologie de niche, présente surtout dans les segments premium ou les applications spécifiques (toitures chaudes, intégration architecturale).

Pour les installateurs et les bureaux d'études en photovoltaïque, la question est pragmatique : à quel moment l'HJT devient-il compétitif face au TOPCon dans un projet donné ? Aujourd'hui, la réponse dépend de critères projet par projet — surface disponible, température ambiante, exigences esthétiques, financement — et non d'une supériorité technique univoque. Les outils de simulation, souvent couplés aux onduleurs et aux systèmes de gestion de l'énergie, devront intégrer les spécificités HJT pour permettre des comparaisons fiables.

La montée en puissance de l'autoconsommation résidentielle et commerciale, couplée au développement des systèmes de stockage, renforce l'intérêt pour les modules à coefficient de température faible : chaque point de rendement supplémentaire en été améliore le taux d'autarcie et réduit la sollicitation du réseau. Si l'HJT parvient à faire valoir cet avantage dans les calculs de rentabilité, il pourrait trouver un marché au-delà de la simple différenciation marketing. Les prochaines années diront si REC Group a parié sur la bonne technologie ou s'il devra ajuster son portefeuille face à la dynamique du marché.

Pour en savoir plus sur les solutions résidentielles et commerciales, consultez notre dossier Einfamilienhaus-PV-Anlage bis 15 kWp et notre article sur les performances réelles des installations PV.

Sources